J’aime le feu. Parce que c’est beau, parce que c’est chaud ; parce que ca peut te sauver la vie. J’aime le feu parce que c’est dangereux, parce que ca brule, parce que ca peut te tuer et que tant qu’à mourir, mieux vaut mourir par lui.
Mais je le hais autant que je l’aime parce qu’il finit par s’éteindre. Et ça, ça m’emmerde.
Avouez, vous saviez bien que tout ça allait finir par être évoqué pas vrai? On va donc plus précisement s’arreter sur ce dernier constat, l’extinction annoncée et inévitable. Le danger, la douleur, mélangés à la chaleur et la beauté, tout ça on en a déjà parlé, c’est du taboulé.
Je ne veux mettre personne mal à l’aise, mais j’me lance: partant de ce principe, je doute profondement de la viabilité d’un couple dépassé un certain temps. Voilà, je le balance un peu abruptement, même si autour de moi certains exemples pourraient me convaincre du contraire; mais c’est un sentiment que j’ai depuis quelques temps et plus j’avance, plus cette idée à tendance à s’installer dans ma tête. Bon par contre, s’il vous plait, de grâââââce, je sais que ce sujet peut faire réagir, je dirai même que je fais un peu de provoc’; mais pitié, ne me ressortez pas l’éternel “tu dis ca maintenant, mais tu verras quand tu rencontreras quelqu’un…” C’est probablement vrai, et je sais tout ça. Soyez sympa, ne me prenez pas pour un âne. Ce n’est pas parce que je risque de changer d’avis sur un sujet que je dois pas donner celui que j’ai actuellement. Aussi non, ca servirai à rien d’ouvrir sa gueule. Jamais.
Warning: avant d’entrer dans le vif, et pour éviter tout problème, j’insiste sur le fait que je n’érige pas mon avis en vérité générale. Je ne pense pas que les couples qui durent, durent pour de mauvaises raisons. D’ailleurs ce sont ceux là même qui me font m’interroger sur la question. A partir d’ici, c’est comme si vous aviez coché la case “j’approuve” avant de continuer.Vous êtes prévenus!
Alors voilà, je suis certain que chacun d’entre nous, avec ses experiences, ses aventures, ses relations qui ont durées ou pas, est capable de se remémorer la douce violence des émotions du début d’une relation, les moments du “juste avant” et “du juste après” l’évènement qui fait qu’on sait que ca y est, c’est parti. La découverte de ses propres sentiments et de ceux de la personne convoitée. Le temps passé à déchiffrer les codes. Ceux qui existent vraiment, et puis ceux qu’on s’invente. La boule au ventre avant de la voir. L’impatience. La peur aussi, l’appréhension, l’attente d’un coup de fil, d’un sms, d’un mail. De n’importe quel signe qui nous rassure quant à l’interet de l’autre. Et puis ces signes arrivent…on se sent d’abord flatté, surpris, et puis un peu euphorique. Les gestes aussi. Les mains, les lèvres. Tout ca arrive, et on persiste à se dire parfois “non mais c’est pas possible, elle est trop jolie pour moi” ou bien ”j’y crois pas, il pourrait se taper des nanas 10 fois plus belles que moi” (notez comme je varie les genres, histoire que tout le monde se sente concerné…). Les mécanismes de défense se déclenchent juste par principe, mais on sait bien qu’il est déjà trop tard. Alors, on s’approche un peu plus, on joue avec ce feu, on se laisse hypnotiser. Et ca marche. Le reste n’est que laisser aller, regards intenses et pulsations cardiaques proches d’un rythme de métal. Et un peu de transpiration aussi. Vous le sentez la? Tout est pret. C’est alors que vient le moment où on sait qu’on y va tout droit. C’est le meilleur celui la. Peu importe finalement comment ou pourquoi, une étrange synchronicité a permis que d’une manière ou d’une autre, le rapprochement s’est opéré et ca y est: voici la période dorée, l’eldorado touché du doigt, le gratoir frotté par l’allumette!
“Pleased to meet you, hope you guess my name.”
I do. Tu es le feu.
Maintenant fermez les yeux et revivez ce moment. Non je déconne. Quand le feu arrive, (attention je vais exagerer) aucune émotion n’est comparable. Rien n’arrive à la cheville de ça. Oui j’en fais des tonnes, ca fait carrement cliché fleur bleu/mauvaise chanson de Bryan Adams (y’en a), mais quand même. Merde, pas besoin de tergiverser, on l’a tous vécu, ce moment est immense. Mais à durée variable. J’imagine que notre coeur ne pourrait pas tenir le choc de le faire durer toute la vie. Le lâche! Tout ça pour dire qu’au bout d’un certain temps, sans qu’on le choisisse, la tension baisse. Le courant est toujours là, mais subitement on a peur de griller les ampoules. Pourquoi?
J’en sais vraiment rien en fait, je pose la question. Si vous le savez dites le moi.
Ce qui me pose un problème, c’est que comme la plupart des gens, je préfère vivre des trucs intenses plutôt que des trucs tièdes. C’est con à dire, mais fatalement, un plat chaud refroidit. Et quand c’est froid c’est pas bon. Idem pour un couple. Bien sur le tiède peut être satisfaisant: s’installer ensemble, couler des jours tranquilles après avoir acheté un appart, pris un chien ou un chat… et peut etre mis au monde un enfant (ca croyez moi on en reparlera). Je suis d’accord sur l’idée de devoir faire des concessions quand on se rend compte que la personne qui nous a fait tant vibrer n’est pas aussi parfaite que ce qu’on avait imaginé. J’ai vécu ces périodes, et je les ai adoré. C’est tout cela qui m’a conduit vers le mariage. Et j’en suis fier. Je le referai. Mais aujourd’hui, je me demande pourquoi il faudrait absolumlent lier la notion de qualité à la notion de quantité, de durée. Pourquoi ne pas tout simplement s’arreter de boire quand on a plus soif?
Est ce que les sentiments ne sont rassurés que si la durée fait partie du deal?
Finalement, pourquoi choisir de continuer quand on se dit, et on se le dit tous à un moment donné : “ca me brule plus… mais c’est bien quand même”. Alors oui, la complicité, la proximité, les projets… Ce sont de belles choses, vraiment. Et les habitudes? Les engueulades inutiles… oui, vous savez de quoi je parle; quand on est enervé par la journée ou par n’importe quoi d’autre et qu’on le fait subir à son/sa partenaire juste parce qu’il/elle est là. Quand il/elle nous enerve, mais qu’on sait pas vraiment pourquoi. Tous ces sentiments noirs, bien puant. Quand l’un des deux prend le dessus, qu’on ne sait plus vraiment si la vie qu’on mène est celle que l’on a voulu ou que l’autre à voulu. C’est un peu dur ce que je dis. Ces choses là n’arrivent pas toujours. Mais pourquoi prendre le risque qu’elles arrivent…Le feu ne connait pas tout ça.
Je sais qu’à 30 ans on ne voit pas les choses de la même manière qu’à 40, et certains d”entre vous me diront que l’âge, l’experience me feront voir les choses autrement. Que le bonheur n’est pas dans l’extrême mais dans l’équilibre. Possible, d’ailleurs j’y croyais sincèrement il y a encore peu de temps… Mais j’allais dire CQFD. Si l’être humain a cette capacité de changer, de se “modifier” avec les années et l’experience (dieu merci), on est donc pas la même personne à 25 ans qu’à 35. Alors il est impossible que les deux personnes qui forment l’entité couple évoluent de la même façon, à la même vitesse et continuent ainsi de regarder dans le même sens. Comment peux t on avoir les mêmes envies, les mêmes sentiments pour une personne alors qu’on a, de fait, changé? C’est d’ailleurs selon moi la principale cause de rupture. On a beau être en couple, notre évolution se fait individuellement, et forcement en décalage avec celle de l’autre. Fatalement, et tous sentiments mis à part, la personne “qui nous a mis le feu” quelques années en arrière n’est plus la même aujourd’hui. Et personne n’est à blamé pour ca, c’est juste comme ça que ça se passe.
Moi je ne veux pas de ça. Je ne veux pas m’habituer à sa présence. Je veux garder la boule au ventre quand je la vois. Je veux rester un ado dans ma tête. Dans la pratique, cela voudrait dire qu’il faudrait quitter la personne dès que tout devient “normal”. Donc partir alors qu’on est encore un peu chaud. Difficile sans doute. Facile à écrire, mais horrible à faire. J’suis pas sur d’en être capable d’ailleurs. Ceci dit, faut-il rester pour autant?
Bref, pour finir ce billet extremement long et je le répète un peu provoc’, le seul choix qui s’impose à nous est le suivant : accepter la fatalité de voir flétrir ce feu qui brule en nous lorsqu’on aime, ou refuser et en assumer les multiples conséquences. Vous savez maintenant où je me place. Et vous?