Another year

Voila, ça fait maintenant un an. Tout pile. 365 jours finalement c’est presque rien à l’échelle d’une vie. Presque rien du tout. Un an depuis l’écriture de la dernière page à l’autre bout du monde. Une histoire exceptionnelle et pleine de rebondissements ; et puis une histoire tristement banale en même temps, une intrigue vieille comme le monde, où les traits des personnages sont forcés. Comme dans ces bouquins qu’on commence mais qu’on finit jamais. Trop caricatural, trop adolescent. Ceci dit, l originalité c’est que pour une fois, ça finit mal.

Avoir du recul sur les choses, c’est finalement assez cruel. Revenir sur quelque chose qui nous a tant marqué, qui a pris toute la place dans notre vie… Voir ça de loin maintenant, 365 petits jours plus tard, c’est horrible. La douleur s’apaise, on peut se laisser aller à se souvenir, peut être même sourire, revoir d’un coup d’œil les photos qu’on s’était interdit de regarder. Vivre certains jours sans y penser. Revenir sur terre. Se revoir avec le regard désabusé de celui qui sait ce qui s’est passé mais qui n’a pas l’impression de l’avoir vécu. Se retrouver face à la réalité: cette tempête d’émotions et de sentiments violents s’en est allée, laissant derrière elle une eau calme, plate et un peu trouble. Un putain de lac quoi.

Regarder en arrière, avec du recul, c’est se retrouver face à la banalité fatale de nos vies. J’ai beau essayer de mettre de la magie partout où je peux, de transformer cette période de mon existence en grande épopée, ces trois minuscules mois en Histoire, je ne peux pas aller plus loin que la réalité, une fois que tout a bien reposé. Parce que l’amour c’est finalement la chose la plus banale de la terre; tout le monde tombe amoureux comme tout le monde mange, boit et dort. Et en plus – attention, formidable message d’espoir aux cœurs brisés – c’est pas parce qu’on y est allé une fois qu’on va pas y retourner. Selon toute vraisemblance, et ce quoi qu’il ait pu arriver, on finit par retomber dedans. Et c’est horriblement banal.

Mais c’est comme ça que ça se passe. Froide réalité… On a beau se dire qu’après une telle chute on y arrivera plus jamais, que ça va nous laisser des traces indélébiles. Oui, c’est vrai. Mais de la même façon qu’il n’y a que rarement de fidélité dans l’amour, il n’y a que rarement de fidélité dans la douleur. Cette douleur c’est tout ce qui reste quand il n’y a plus rien. Mais elle finit par s’enfuir aussi. Reste quoi? Reste cette magnifique cicatrice sur laquelle on devine le visage de celle qu’on a aimé. On est tenté, comme je l’ai été, de s’accrocher à cette belle stigmate.

C’est bien? C’est pas bien? Je joue le malade qui n’est pas satisfait d’être – peut-être – guéri?

Voir partir la douleur, impuissant, c’est accepter l’idée qu’elle n’était pas si grande que ça. C’est dur ça. C’est l’œuvre du temps. Qui nous rappelle comme toujours que rien ne lui résiste. Qui nous rappelle que même la douleur tiédit. Ça aussi, ça finit par s’estomper. C’est tellement banal. Quoi qu’il advienne, une petite éponge efface inexorablement le grand tableau noir. Quelle connerie le temps.

Bien sur, tout ça, je pourrai le tourner dans l’autre sens, et c’est d’ailleurs ce qu’on entend le plus souvent. “Mon dieu, le temps c’est magnifique, ça guérit tout, ça nous fait oublier la douleur, ça nous permet de “passer à autre chose”, de renaître”. Mais allons au bout du concept et n’oublions rien. Il nous fait aussi mentir, nous parjurer. “Je ne t’oublierai jamais, je t’aimerai toujours.” Mais au bout de quelques jours, mois ou années (si on est chanceux), le temps va poncer notre amour, devant mes yeux, impuissant. Parce que si le temps fait passer la douleur, s’il apaise les sentiments, il fait aussi passer l’amour. Il polit la passion. Il érode la vie. Il nous rend lisses. Plats. Lui qui peut nous faire renaître de nos cendres nous y envoi directement, personne ne peut dire le contraire. Quelle connerie le temps.

S’énerver contre le temps, c’est pas très constructif. Mais ça m’énerve pareil. Le fait est que 365 jours ont passé et ça fait moins mal. Elle est toujours là, certains jours plus que d’autres, mais le signe de sa présence faiblit. L’indice, c’était la douleur. La voir disparaitre, c’est LA voir disparaître.

Le tableau est presque vierge maintenant. Et tout ça pour quoi putain? Toute cette année de souvenirs destructeurs, de théories pour essayer de comprendre. Tout ça pour quoi au final putain. Pour que le temps efface tout au bout d’un an?
Et sans doute recommencer un jour le même cinéma. Rejouer la même histoire en changeant légèrement les personnages… Pff…

J’ai bien fait de me faire tatouer.

Pour être tout à fait honnête, le nœud du problème, c’est que je me sens coupable. Je me sens coupable et j’en veux au temps. Heureusemalheureusement, j’ai rouvert les yeux. C’est que j’ai peur de l’oublier parce que j’ai peur de la remplacer. Avoir peur de la remplacer, c’est déjà envisager de le faire. Et c’est peut être ce qui se passe. Il y a quelques jours, j ai revu ce que je n’avais plus aperçu depuis 365 jours. Et je m’en veux. 365 jours, c’est rien, alors qu’elle était tout. Mais voila, j’ai vu des yeux, un nouveau sourire, un nouveau rire, un nouveau cœur. C’était vraiment beau. Ces yeux là ne m’ont pas vraiment vu. Peu importe, l’important c’est la route, pas la destination. Aujourd’hui j’ai envie de rouler à nouveau. Le temps qu’il faudra; le coffre chargé bien sur, et les fenêtres grandes ouvertes.

~ par julienmanu le 24 décembre 2009.

2 réponses to “Another year”

  1. P….., tu t’es fait tatouer ! … nan, je blague.
    Sinon, je suis contente que tu reprennes le clavier, really,
    Je kiffe … je kiffe grave

  2. Si j’ai bien tout compris, je te souhaite pour 2010 une belle … gastro….?..??? un nouveau sourire, ça c’est chouette… et 2010 belles rencontres
    from france,

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